Côte d'Ivoire : L’assurance en Afrique, un levier de développement économique ?
Le développement de l’assurance en Afrique est un potentiel levier pour la croissance économique. Pour cela, les professionnels de l’assurance doivent adapter leurs produits aux marchés en repensant à la distribution. Le caractère immatériel de l’assurance masque son rôle dans le développement économique. Elle contribue pourtant à stimuler la croissance, à accroitre la résilience des économies locales et des ménages face aux événements extrêmes, à favoriser la redistribution et la solidarité entre les individus. Pour réaliser le potentiel que représente l’assurance en Afrique, les acteurs du secteur sont au défi de repenser leurs produits et leurs canaux de distribution en adéquation avec les caractéristiques des marchés locaux.
L’assurance est un concept assez particulier : elle repose sur le paiement aujourd’hui d’une somme donnée pour couvrir un risque susceptible ou non de se matérialiser demain. Ses avantages restent donc peu perceptibles et immatériels. Pourtant, l’assurance a toujours existé. Elle est aujourd’hui proposée par des organisations traditionnelles, des sociétés privées ou les pouvoirs publics. En Afrique, les outils classiques d’auto-assurance conçus pour transférer et gérer les risques collectivement, prennent souvent la forme d’une épargne communautaire supervisée par un « sage » ou régie par des rapports hiérarchiques et sociaux plus complexes. Partager les risques et les ressources pour aider des personnes en difficulté est une pratique courante en Afrique. Sur le modèle des tontines, des organismes à but lucratif basés sur l’adhésion comme pour les petits agriculteurs en Ethiopie ont développé des dispositifs de partage des risques pour les personnes sans accès à une assurance formelle.
De ce fait, nous passons du système d’assurance communautaire informel au système individuel formel qui a des impacts positifs sur le développement économique local, comme l’ont reconnu les Nations unies en 1964 lors de leur première conférence sur le commerce et le développement. Ils contribuent à la croissance, la stabilité des économies, ainsi qu’à la redistribution et la solidarité entre les individus. L’assurance est aussi un facteur de stabilité et de résilience aux évènements extrêmes pour les économies locales et les ménages. Elle leur permet par exemple de transférer le risque à des compagnies d’assurance et aux marchés financiers en se couvrant contre les catastrophes naturelles. L’assurance donne une tangibilité économique au concept de solidarité entre les individus et les générations en permettant l’agrégation et la mutualisation des risques. C’est-à-dire en définissant les primes en fonction de la probabilité de leur réalisation pour un groupe d’assurés et non pour un individu.
Il faut adapter l’offre d’assurance aux réalités locales. En effet, la pénétration de l’assurance reste très faible en Afrique. Hormis l’Afrique du sud, le total des primes avoisine 1% du PIB loin de 5% observés en Asie. Les assureurs ont mis du temps à adapter leurs produits et services aux réalités du continent africain. Ceux-ci sont pour la plupart identiques aux produits et services proposés dans les pays industrialisés, c’est-à-dire des contrats longs et complexes distribués par l’intermédiaire de réseaux couteux d’agents et de courtiers qui ne touchent que l’Elite urbaine.
Ahipeaud Stéphanie.